
Chroniques de Lucenheim
Histoire
Recueillies par les archivistes de la Maison Vael, recopiées à la chandelle, et légèrement embellies à chaque copie.
En ce temps-là, qui n’était pas encore un temps, la nuit couvrait l’éperon noir où s’élève aujourd’hui Lucenheim. Ce qui suit est la chronique de la cité, telle que la racontent ceux qui l’ont écrite — et ceux qui l’ont un peu réécrite. Tout ceci est consigné aux archives impériales.
An 0 — An XII
La Première Ère
Avant la cité, il n’y avait que le basalte, la brume et une rivière qui hésitait. La nuit y était si épaisse, disent les chroniques, que les premiers bergers la coupaient au couteau pour s’en faire des manteaux.
An XIII de la Première Ère · À minuit
La Fondation de Lucenheim
Treize bâtisseurs, un pont et une promesse. Par une nuit sans lune, ils posèrent la première pierre sur l’éperon noir et jurèrent de ne jamais percer de fenêtre plein midi. Ainsi naquit Lucenheim — « la demeure de la lumière », nom choisi par pure ironie.
An XIV — An CLXVI
L’Âge de Pierre
Un siècle et demi durant, la cité grandit tour après tour. On éleva la cathédrale Sainte-Nuit, les sept portes et quatre-vingt-dix-neuf clochers. Le centième fut commencé, puis remis à plus tard — où il se trouve encore.
Ici manque une page — An LXVI, arrachée des registres par une main inconnue.An CLXVII — An CLXX
La Guerre de la Nuit
Lorsque l’Aube voulut annexer la cité, Lucenheim ferma ses sept portes et éteignit ses lanternes. Trois années durant, la guerre se mena en silence et à tâtons. Elle s’acheva quand l’Aube, lassée de ne rien voir, se retira derrière les collines.
Pertes : aucune · Lanternes brisées : beaucoup
An CLXXI
L’Ascension de la Cour Impériale
Pour gouverner la paix, on institua la Cour : un chancelier pour écrire, une gardienne pour oublier, un maître des cérémonies pour rendre tout cela solennel. Le Conseil des Treize vota sa propre création à l’unanimité — et à la chandelle.
À minuit · An XIII de l’Ère Impériale


Le Couronnement de JAY DVRDEN
La Cour tendit la Couronne Murale au veilleur né sous treize coups de cloche. Il l’accepta à minuit, sans flash ni fanfare, et prononça la devise qui ouvre désormais chaque décret :
« EX TENEBRIS, IMPERIUM. »
De nos jours — et surtout de nos nuits
L’Ère Moderne
Lucenheim vit désormais à la lueur de six mille six cent soixante lanternes, entre bals masqués, décrets nocturnes et archives introuvables. Elle a même ouvert une fenêtre sur le monde : celle que vous lisez en ce moment.
Les archives impériales
Pièces choisies du fonds impérial
Consultation sur rendez-vous, à la chandelle, gants de velours exigés.
Certaines archives ne figurent pas ici. Elles se trouvent ailleurs — plus bas, plus sombre.
